Les destinations que je refuse de vendre
Cinq destinations (mais il y en a mille) et les alternatives.
Je suis fondateur d'une agence de voyage sur mesure, et mon objectif est de limiter l'accès à des dizaines de destinations que les gens adorent : Dubrovnik entre juin et septembre, Hallstatt à la journée, le Bali d'Instagram, Santorin l'été... Il y a mille exemples ! C'est avant tout une réflexion morale parce que ces lieux souffrent du surtourisme et n'ont plus rien d'authentique. L'Europe a accueilli 793 millions d'arrivées touristiques internationales en 2025 (UNWTO, janvier 2026), et 58,8 % des séjours européens durent 3 nuits ou moins (Eurostat) : la même foule, aux mêmes dates, sur les mêmes vingt hectares. Pour chacun de ces cinq refus, j'ai une alternative que je vends volontiers, au même prix et souvent sur la même mer.
Cet article prolonge mes 10 règles du contre-tourisme et toutes mes aventures en Europe. Si le sujet vous intéresse, lisez aussi faut-il encore aller à Bali et faut-il encore visiter Marrakech.
✦Les exemples de destinations que je refuse de plus en plus de vendre :
Quand je rédige un devis d'agence, je m'engage à délivrer de la qualité. Or il existe des endroits/des époques de l'année où je sais que la promesse ne tiendra pas. Le client paiera un tarif de haute saison sans trouver le repos et rentrera déçu. Pire, je participerai ainsi à continuer d'écraser des destinations qui ne respirent plus au lieu de développer certaines qui ont besoin de l'apport financier des touristes. Voici les cinq cas où je préfère perdre la vente. C'est toujours la même idée : ce n'est pas le lieu qui est mauvais mais la combinaison du lieu, de la date et du format de voyage.
Dubrovnik entre juin et septembre
La vieille ville tient dans un mouchoir de poche et reçoit en été la population de plusieurs paquebots. Les prix sont cher, les remparts bondés et les locaux fatigués. Il y a beaucoup d'autres destinations en Europe (et même en Croatie) qui valent plus le coup. Hors saison, en revanche, Dubrovnik redevient la merveille qu'elle est.
Hallstatt en excursion à la journée
Un village de quelques centaines d'habitants ne peut pas absorber des cars entiers qui arrivent à onze heures et repartent à quinze. Ceux qui y viennent pour la journée ne voient qu'un embarcadère, un parking et une file devant le même point de vue. Le village se donne aux gens qui y dorment, quand les cars sont repartis et que le lac redevient silencieux.
Le Bali des comptes Instagram
Les portes photogéniques, les balançoires au-dessus du vide et les cafés de Canggu sont des files d'attente où l'on patiente parfois plus d'une heure. Ajoutez-y des trajets qui prennent le triple du temps annoncé, et vous obtenez un séjour passé dans un scooter et dans une queue. Pourtant, les nouveaux arrivés ne se plaignent pas : il y a encore un Bali local et agréable.
Santorin en juillet et en août
Le coucher de soleil d'Oia est devenu un spectacle payant sans billetterie : on s'y presse une heure à l'avance, épaule contre épaule, pour un moment qu'Instagram a vendu comme intime. Les prix triplent, l'eau est un problème sur l'île et la photo que vous rapporterez ressemblera à celle de tout le monde. Il y a bien mieux en Méditerannée, et en Grèce.
Rovaniemi et son village de Noël
On y vend une mise en scène : un décor, des files, des animaux qui tournent en boucle et des aurores boréales présentées comme un acquis alors qu'elles ne se garantissent jamais. Le Nord réel existe à deux cents kilomètres de là, il coûte moins cher, et il produit exactement l'émotion que le décor essaie d'imiter.
Ce que je ne refuse pas
Marrakech, Split ou Prague restent des destinations que je vends à condition de changer la date, la durée ou le quartier. La différence est simple : quand un ajustement suffit à sauver le séjour, je le propose ; quand il n'existe aucune chance de rendre l'expérience honnête au prix demandé, je renonce à la vente. Et c'est rare, il y a toujours moyen de faire du contre tourisme !


Pourquoi une agence a intérêt à dire non à ce genre de voyages :
Le monde du voyage est un monde à faibles marges. Il est donc difficile de refuser un voyage, et donc du flux client. Mais parfois, il faut réfléchir plus globalement à notre impact social et économique sur les sociétés où nous envoyons nos clients. Également, il faut penser à notre service après-vente. Un client déçu ne revient pas, ne recommande personne, et son retour coûte plus cher en temps que la marge de son dossier. Vendre une destination saturée, c'est acheter une réclamation et un mauvais avis.
Il y a aussi une raison structurelle, et elle est mesurable. L'Europe a enregistré 793 millions d'arrivées internationales en 2025 selon l'UNWTO, et Eurostat montre que 58,8 % des séjours européens durent trois nuits ou moins. Autrement dit : de plus en plus de monde, sur des durées de plus en plus courtes, donc concentré sur les mêmes quelques sites que tout le monde a repérés avant de partir. La saturation n'est pas un accident de calendrier, c'est le choix politique et des acteurs économiques.
J'ai peut être le luxe de penser comme çà, mais à force de vendre des destinations/voyages génériques, quel est notre avenir en tant qu'intermédiaires ? L'IA peut clairement recopier et revendre ce que nous vendons 1000 fois par an. Moins un voyage personnalisé et authentique.
✦Il y a des alternatives au tourisme de masse : Mieux se répartir !
Pour chaque destination surcôtée, il y a des alternatives souvent moins chères ou au meilleur rapport qualité-prix. Ces alternatives sont moins chères parce qu'elles sont moins demandées, mais elles sont surtout plus authentiques ! Il est plus facile de gérer 100 touristes par mois que 10000 !
| Ce que je refuse de vendre | Ce que je propose à la place |
|---|---|
| Dubrovnik en juillet ou en août | Mljet, Rovinj ou Zadar |
| Hallstatt en excursion à la journée | Hallstatt en y dormant, hors juillet et août |
| Le Bali des files d'attente | l'est et le nord de l'île, ou une autre île indonésienne |
| Santorin en pleine saison | Nessebar ou Sozopol en Bulgarie, Kihnu en Estonie |
| Le village de Noël de Rovaniemi | Jokkmokk, Luleå ou le parc de Sarek |
| Une capitale européenne en 48 heures | la même ville en quatre nuits, ou une seule région parcourue lentement |
| Le coucher de soleil « à ne pas manquer » | le lever du jour au même endroit, seul |
| Un circuit à sept pays en dix jours | deux pays, bien reliés, avec du temps entre les deux |
Le devis que je n'ai pas envoyé :
Une confusion qu'on fait de plus en plus depuis que je suis une agence de voyage : penser que je peux faire des miracles. Non, il m'est impossible d'envoyer 4 personnes en Albanie pour 1500€. Non je ne peux pas vous trouver un hôtel bien placé à Paris pour 200€ la nuit la veille pour le lendemain. Non, je ne vendrai plus les destinations les plus touristiques du monde si c'est pour que mes clients soient noyés sous les foules.
Surtout, il y a une logique sociale : Des dizaines de pays n'ont pas d'industrie et pourraient vivre du tourisme. Mais personne ne va à Sao Tomé ou dans le nord de la Bulgarie. Et c'est bien dommage.
Et 9 fois sur 10, les clients m'ont abandonné et sont partis via une autre agence généraliste. C'est dommage mais je suis persuadé que mon message va finir par passer petit à petit. Si j'arrive à convaincre une personne sur 10, je suis gagnant à la fin. Et j'aime à penser que le tourisme l'est aussi !
À lire aussi, quatre alternatives :
Même pays, même budget, une ville magnifique et beaucoup plus authentique, à quelques heures de Marrakech pour deux fois moins cher.
Lire l'article →EstonieKihnu, l'île où le temps s'est arrêtéOn est très loin de Santorin c'est vrai. Ce n'est pas du tout la même clientèle. Mais si vous voulez rencontrer un peuple plutôt que vous baigner dans de l'eau à 30 degrés, c'est THE spot en Europe.
Lire l'article →EspagneFinestras, le chateau perdu et son lacLa preuve qu'une image spectaculaire n'oblige pas à faire la queue pour la vivre : il n'y a personne ! Pourtant c'est l'un des endroits les plus impressionnants que j'ai vu, à quelques heures seulement de l'endroit où j'ai grandi.
Lire l'article →SuèdeLuleå, la plage arctiqueLe Nord vierge et préservé, pour ceux qui aiment l'aventure et fuir le soleil de la Méditerranée.
Lire l'article →✦Vos questions, et mes réponses :
Une agence de voyage peut-elle refuser une destination ?
Pourquoi refuser Dubrovnik alors que la ville est magnifique ?
Le tourisme ne fait-il pas vivre ces villes ?
N'est-ce pas du snobisme de voyageur ?
Peut-on encore visiter Bali en 2026 ?
Que proposez-vous à la place de Santorin ?
Faut-il éviter Hallstatt complètement ?
Les aurores boréales sont-elles garanties en Laponie ?
Comment choisissez-vous une destination pour un client ?
Moi c'est Jean-Baptiste,
Depuis plus de 10 ans, j'aide les voyageurs à créer des itinéraires uniques et authentiques, loin du tourisme de masse. Je joue cartes sur table : je vis de la vente de voyages sur mesure, donc j'ai un intérêt direct à ce que vous partiez. Ce que je n'ai pas, ce sont des stocks à écouler, et c'est ce qui me permet d'écrire cet article. Les cinq destinations citées, je les ai toutes vues moi-même. Article mis à jour en septembre 2026. Avec mon agence Odyssélux, je peux même te composer ton séjour de A à Z.
Influencetrois métiers, un terrain
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Je commence toujours par ce que je vous déconseille, puis nous construisons le reste : période, rythme, alternatives crédibles et budget rapporté au temps sur place.
Organise mon voyage avec Odyssélux✦Mon verdict :
Je ne refuse pas des lieux. Un lieu, une date et un format : changez l'un des trois et la plupart de ces destinations redeviennent excellentes. C'est tout le travail d'une agence honnête, et c'est aussi la raison pour laquelle un devis se discute avant d'être signé.
Si vous ne retenez qu'une chose : demandez toujours à celui qui vous vend un voyage ce qu'il refuserait de vous vendre. La réponse vous apprendra plus sur lui que sa brochure entière.