Sarek : comment faire son sac
Le Sarek, c'est la plus grande zone sauvage d'Europe : ni sentier balisé, ni pont, ni refuge à l'intérieur. Avec un groupe de 4 randonneurs expérimentés, je suis parti de Jokkmokk, j'ai posé la voiture à Sitoälvsbron, dormi une nuit à la cabine STF d'Aktse, puis marché 5 jours et plus de 100 km sous le soleil de minuit, du belvédère du Skierffe au cœur du Rapadalen. Autonomie totale, en juin. Une claque.
Allez voir mes autres articles sur la Suède pour découvrir mon itinéraire dans le Sarek, de Jokkmokk à Sitoalvsbron, jusqu’à Aktse, pour enfin m’attaquer au parc national le plus dangereux d’Europe !
Grand fan du film Into the Wild, je ne pense pas qu’il y ait d’endroit qui ressemble autant à l’Alaska que ces montagnes de Laponie. Du coup, il faut être préparé, sur de soi et de ses capacités et surtout bien équipé pour se lancer dans cette aventure impressionnante.
J’écris cet article parce que j’aurai aimé le lire avant de me rendre dans ce parc ! J’ai un peu fait ma valise au pif au vu de l’absence totale d’informations (et d’aide) de la part des suédois.
Mon avis sur le Sarek :
Comment s’équiper pour réussir son expédition dans le parc national du Sarek en Laponie :
- Une tente 3-4 saisons Hilleberg
- Un duvet Simond 0 degrés (pas suffisant si conditions pire que les miennes).
- Un tapis en mousse pour l’isolation
- Un matelas technique pour R+2 (pas suffisant)
- Deux pantalons de randonnée transformables en shorts (je ne les ai jamais transformé).
- Une tenue de nuit en laine mérinos
- Des caleçons en laine mérinos (2-3).
- Mon matos photo (drone+leica M11)
- Une batterie solaire
- 13 repas lyophilisés
- Un filtre à eau MSR (génial)
- Des bâtons et des guêtres (obligatoires !)
- Chaussures Salomon alpine en gore tex
- Une Hardshell légère et respirante North Face
La saison de randonnée se résume à fin juin → mi-septembre. Juin (mon mois) offre le soleil de minuit — on marche à toute heure, magique — mais aussi de la neige résiduelle en altitude, des rivières gonflées par la fonte et les premiers moustiques. Août est le meilleur compromis (moins de moustiques, jours encore longs), septembre pour les couleurs mais avec le froid et le risque de neige. Hors été, le Sarek devient une expédition hivernale réservée aux initiés. Et quelle que soit la saison : la météo peut basculer en quelques heures.
Dernier plein de vivres et d'essence à Jokkmokk, route jusqu'au parking de Sitoälvsbron, on laisse la voiture puis approche de 10km vers le lac Laitaure. Il faut ensuite prendre un bateau ou marcher 6km (nous avons décidé de marcher parce que le bateau vaut un oeil) jusqu'à la cabine STF d'Aktse où nous passons la première nuit.
Montée au Skierffe (~1 180 m), la falaise qui surplombe le delta du Rapadalen. La vue sur les méandres dorés de la rivière serpentant dans la vallée est l'une des plus célèbres de Scandinavie — Le dénivelé n'est pas hyper physique si vous laissez les sacs en bas.
On bascule dans la vallée mythique : marais, bras de rivière, saules, et ce silence total propre au Sarek. Pas de sentier — on lit le terrain, on enchaîne les gués. La marche devient lente, attentive, totalement immersive.
En juin, la nuit ne tombe jamais : on plante la tente quand on veut, on repart quand on veut. Cuisine au réchaud, eau puisée aux torrents, et la lumière rasante de 2h du matin qui transforme la toundra. Le luxe de l'autonomie absolue.
Retour vers le point de départ, les jambes lourdes et la tête pleine. Plus de 100 km bouclés dans l'un des derniers vrais déserts d'Europe — le genre de marche dont on revient changé.
Ce parcours suppose une vraie autonomie : orientation à la carte et au GPS, gestion des gués, bivouac en milieu hostile, et un groupe soudé. Le Sarek ne pardonne pas l'impréparation — voir l'encart « comment s'équiper » ci-dessous.
Note : j'ai posé la structure de notre parcours autour des étapes réelles (Sitoälvsbron, Aktse, Skierffe, Rapadalen). Mais le parc est totalement sauvage et immense. Je ne peux pas précisément vous dire où j'ai campé ni même quels chemins j'ai pris, il n'y en avait pas. Juste un détail, ne passez pas le premier col sur la gauche après le skierffe, descendez plutôt dans le Rapadalen, quitte à vous faire bouffer par les moustiques.
Comptez 5 à 8 jours de vivres + tente + matériel : un sac de 60-80 L, bien réglé sur les hanches. À vide on vise léger, mais le poids total dépasse vite 18-22 kg. Housse de pluie et sacs étanches à l'intérieur (rien ne doit être mouillé). Je suis parti avec un 60 litres, 20 kilos avec mon matos photo et j'ai clairement trop pris de fringues.
Chaussures de rando montantes, imperméables et déjà faites à vos pieds. Indispensable en plus : des sandales ou vieilles baskets pour les gués — on traverse les rivières les pieds chaussés (jamais nu-pieds, jamais en chaussures de marche). Chaussettes de rechange au sec et aussi des guêtres !
C'est LE danger du Sarek (aucun pont). Bâtons de marche obligatoires pour l'équilibre, sangle de poitrine déclipsée pour pouvoir larguer le sac, on traverse face au courant, en biais, jamais seul. On renonce si l'eau monte au-dessus des cuisses ou pousse trop fort — quitte à attendre ou contourner. Vous avez vu Into the Wild ?
Une tente solide résistant au vent (le Sarek peut souffler fort) et aux averses, autoportante car le sol est parfois rocheux ou spongieux. Doubles sardines / cordes pour le vent. Pas de refuge à l'intérieur du parc : la tente est votre seule maison si elle se déchire, c'est mort. J'avais une MSR Hubba Hubba et une Hilleberg, mais c'est un budget !
Même en juin, les nuits descendent près de 0°C en altitude : sac de couchage confort ~ -5°C et un matelas bien isolant (valeur R au delà de 2). Un masque de nuit aide à dormir sous le soleil de minuit, qui ne se couche jamais. Là aussi, c'est un budget, j'avais un duvet Rab à -5 et deux matelas (un technique et un classique décathlon). Et bien j'ai eu froid !
Sous-couche respirante, polaire/doudoune, et surtout une hardshell + surpantalon imperméables et coupe-vent de qualité — la météo bascule toutes les deux heures. Bonnet et gants même l'été (j'ai eu du ressenti -11 avec le vent le soir) plus une tenue toujours gardée au sec pour dormir. Je suis parti avec une première couche xbionic, une seconde couche technique norrona, une hardshell North Face et des pantalons d'été.
Aucun balisage : carte topo (Calazo/Fjällkartan BD10 du Sarek), boussole, et GPS/appli hors-ligne avec batterie de secours (powerbank). Savoir s'en servir avant de partir. Le brouillard peut tout effacer en quelques minutes. Même si c'est interdit, un drone peut vous sauver pour voir ce qu'il y a au dessus de votre tête après un col...
Réchaud à gaz/essence + cartouches (autonomie complète), trousse de premiers secours, couverture de survie, et de quoi alerter (balise type satellite recommandée, le réseau est quasi nul). En juin, anti-moustiques puissant + moustiquaire de tête : ils sont féroces sauf en haut sur les montagnes. Au final je ne me suis jamais servi des anti moustiques... Par contre j'étais content d'avoir mon matos photo, des cartes, un livre...
Le principe à retenir : au Sarek, on est 100 % autonome et 100 % responsable. Pas de boutique, pas de refuge, pas de secours. On part avec un groupe expérimenté, une marge de vivres, une vraie maîtrise du gué et de l'orientation — et on accepte de renoncer si les conditions l'imposent. C'est le prix d'entrée du plus beau désert d'Europe.
La dernière vraie ville : hôtels, STF Hostel, chambres d'hôtes. L'endroit pour une bonne nuit, une douche et le dernier ravitaillement avant le parc — et la première bière au retour. Je vous conseille malgré son état vétuste l'Hôtel Jokkmokk. On dirait vraiment qu'on est dans shining... Mais le restaurant est correct !
Base pratiqueNotre première nuit : une cabane gérée par le Svenska Turistföreningen au bord du lac Laitaure, face au Rapadalen. Couchettes, poêle, pas d'électricité. On paie sur place ; adhérer au STF avant de venir réduit le tarif et vaut 25€ par personne, donc économies dès la deuxième nuit. Parfait sas d'entrée vers le Sarek, c'est même sympa d'y passer pour rencontrer d'autres randonneurs qui sont sur le sentier du roi.
Coup de cœurAutour du Sarek, le sentier royal (Kungsleden) est jalonné de cabanes STF (Sitojaure, Saltoluokta, Kvikkjokk…) avec parfois un petit magasin. Pratiques pour les approches — mais aucune n'existe à l'intérieur du parc. Normalement, vous ne serez proche que d'une cabane, dans le cadre de mon itinéraire, c'était Aktse.
ApprochesÀ l'intérieur, c'est la tente et rien d'autre. Le droit d'accès suédois (allemansrätten) autorise le bivouac presque partout : on choisit un replat sec, loin des troupeaux de rennes, on ne laisse aucune trace. Attention, il y a du vent, il peut beaucoup pleuvoir, voire neiger même en été. Équipez vous en conséquence, même si c'est très cher.
Pleine natureÀ savoir : aucune cabane n'existe à l'intérieur du Sarek — les cabanes STF jalonnent seulement le pourtour sur le Kungsleden. Dès qu'on entre dans le parc, l'hébergement, c'est la tente, en autonomie complète. Réservez une nuit à Jokkmokk au retour et ne sacrifiez pas une nuit à Aktse, vraiment sympa !
En Conclusion :
touristique
Sarek : comment faire son sac
Ce sera peut être l’aventure de votre vie ! Mais il faut absolument venir préparé. N’hésitez pas à me poser des questions en commentaires, je sais à quel point il y a peu d’informations sur place (et à quel point les locaux ne vous répondront pas clairement).
En tout cas si vous avez des questions ou besoin de plus d’information sur votre voyage, écrivez moi via mon agence de voyage Odyssélux ou sur mes réseaux sociaux ! Et n’hésitez pas à aller voir mes articles sur la Suède ici !