Le meilleur itinéraire dans le Sarek
Le Sarek, c'est la plus grande zone sauvage d'Europe : ni sentier balisé, ni pont, ni refuge à l'intérieur. Avec un groupe de 4 randonneurs expérimentés, je suis parti de Jokkmokk, j'ai posé la voiture à Sitoälvsbron, dormi une nuit à la cabine STF d'Aktse, puis marché 5 jours et plus de 100 km sous le soleil de minuit, du belvédère du Skierffe au cœur du Rapadalen. Autonomie totale, en juin. Une claque.
En Suède après avoir roulé 3h depuis Lulea, 1h depuis Jokkmokk, laissé la voiture à Sitoalvsbron, puis marché 10km avant de prendre un bateau pour atteindre Aktse, me voici enfin dans le Sarek ! Le parc national le plus dangereux d’Europe, dans lequel je voulais me perdre depuis des années.
Grand fan du film Into the Wild, je ne pense pas qu’il y ait d’endroit qui ressemble autant à l’Alaska que ces montagnes de Laponie. Seul problème, il faut être accroché, physiquement en forme et équipé pour s’attaquer au Sarek. Je n’avais rien de tout çà, mais je suis parti entouré de 3 personnes en qui j’avais entièrement confiance, et çà a suffi à nous ramener en vie ! En tout cas j’ai été fan de l’expérience…
Mon avis sur le Sarek :
J’en parle plus précisément dans mon article sur le Sarek, mon itinéraire et tous les tips pour organiser son voyage. Mais grosso modo il n’y a que deux façons d’entrer dans ce parc national. Soit par le nord sur le sentier du Roi et la cabine STF de Saltoluokta, soit au sud par le parking de Sitoalvbron. C’est cette seconde option que j’ai choisi. Il faut ensuite marcher 20 kilomètres pour atteindre Akste, et l’entrée dans le Sarek.
Liste de mon équipement : Comment s’équiper pour réussir son expédition dans le Sarek :
- Une tente 3-4 saisons Hilleberg
- Un duvet Simond 0 degrés (pas suffisant si conditions pire que les miennes).
- Un tapis en mousse pour l’isolation
- Un matelas technique pour R+2 (pas suffisant)
- Deux pantalons de randonnée transformables en shorts (je ne les ai jamais transformé).
- Une tenue de nuit en laine mérinos
- Des caleçons en laine mérinos (2-3).
- Mon matos photo (drone+leica M11)
- Une batterie solaire
- 13 repas lyophilisés
- Un filtre à eau MSR (génial)
- Des bâtons et des guêtres (obligatoires !)
- Chaussures Salomon alpine en gore tex
- Une Hardshell légère et respirante North Face
La saison de randonnée se résume à fin juin → mi-septembre. Juin (mon mois) offre le soleil de minuit — on marche à toute heure, magique — mais aussi de la neige résiduelle en altitude, des rivières gonflées par la fonte et les premiers moustiques. Août est le meilleur compromis (moins de moustiques, jours encore longs), septembre pour les couleurs mais avec le froid et le risque de neige. Hors été, le Sarek devient une expédition hivernale réservée aux initiés. Et quelle que soit la saison : la météo peut basculer en quelques heures.
Bien avant d'être un « parc », le Sarek est le pays des Sámi, peuple autochtone du Nord. Les communautés (sameby) y mènent leurs rennes en transhumance saisonnière depuis toujours — un usage vivant aujourd'hui dans tout le massif.
Le géographe suédois Axel Hamberg consacre des décennies à cartographier et étudier le Sarek (glaciers, météo, relief) dès les années 1880. Ses cabanes d'observation et ses relevés font du massif l'un des premiers terrains de la science alpine nordique.
En 1909, la Suède crée le Sarek parmi les tout premiers parcs nationaux d'Europe. Choix radical : on décide de le laisser sans aménagement — pas de sentiers, pas de ponts, pas de refuges. La nature y reste reine, et l'humain y entre à ses risques.
Avec ses ~200 sommets de plus de 1 800 m, sa centaine de glaciers et la vallée mythique du Rapadalen, le Sarek devient le Graal des randonneurs aguerris — réputé pour son isolement total et son exigence. On n'y va pas par hasard.
Le Sarek est inscrit, avec les parcs voisins, dans l'aire de Laponia au patrimoine mondial de l'UNESCO — un site rare reconnu à la fois pour sa nature et pour la culture vivante des Sámi qui l'habitent et l'entretiennent.
Le Sarek demeure volontairement vierge d'infrastructures. On y pratique l'autonomie totale et le droit d'accès à la nature (allemansrätten), avec la responsabilité qui va avec : ne laisser aucune trace, respecter les rennes et les Sámi, et savoir se débrouiller seul.
Le saviez-vous ? Le Sarek n'a aucun pont ni passerelle sur ses rivières glaciaires : les traverser à gué, en lisant le courant, fait partie intégrante de l'aventure — et en est le principal danger. C'est ce parti pris de non-aménagement, unique en Europe, qui en fait un sanctuaire pour randonneurs autonomes.
Dernier plein de vivres et d'essence à Jokkmokk, route jusqu'au parking de Sitoälvsbron, on laisse la voiture puis approche de 10km vers le lac Laitaure. Il faut ensuite prendre un bateau ou marcher 6km (nous avons décidé de marcher parce que le bateau vaut un oeil) jusqu'à la cabine STF d'Aktse où nous passons la première nuit.
Montée au Skierffe (~1 180 m), la falaise qui surplombe le delta du Rapadalen. La vue sur les méandres dorés de la rivière serpentant dans la vallée est l'une des plus célèbres de Scandinavie — Le dénivelé n'est pas hyper physique si vous laissez les sacs en bas.
On bascule dans la vallée mythique : marais, bras de rivière, saules, et ce silence total propre au Sarek. Pas de sentier — on lit le terrain, on enchaîne les gués. La marche devient lente, attentive, totalement immersive.
En juin, la nuit ne tombe jamais : on plante la tente quand on veut, on repart quand on veut. Cuisine au réchaud, eau puisée aux torrents, et la lumière rasante de 2h du matin qui transforme la toundra. Le luxe de l'autonomie absolue.
Retour vers le point de départ, les jambes lourdes et la tête pleine. Plus de 100 km bouclés dans l'un des derniers vrais déserts d'Europe — le genre de marche dont on revient changé.
Ce parcours suppose une vraie autonomie : orientation à la carte et au GPS, gestion des gués, bivouac en milieu hostile, et un groupe soudé. Le Sarek ne pardonne pas l'impréparation — voir l'encart « comment s'équiper » ci-dessous.
Note : j'ai posé la structure de notre parcours autour des étapes réelles (Sitoälvsbron, Aktse, Skierffe, Rapadalen). Mais le parc est totalement sauvage et immense. Je ne peux pas précisément vous dire où j'ai campé ni même quels chemins j'ai pris, il n'y en avait pas. Juste un détail, ne passez pas le premier col sur la gauche après le skierffe, descendez plutôt dans le Rapadalen, quitte à vous faire bouffer par les moustiques.
Comptez 5 à 8 jours de vivres + tente + matériel : un sac de 60-80 L, bien réglé sur les hanches. À vide on vise léger, mais le poids total dépasse vite 18-22 kg. Housse de pluie et sacs étanches à l'intérieur (rien ne doit être mouillé). Je suis parti avec un 60 litres, 20 kilos avec mon matos photo et j'ai clairement trop pris de fringues.
Chaussures de rando montantes, imperméables et déjà faites à vos pieds. Indispensable en plus : des sandales ou vieilles baskets pour les gués — on traverse les rivières les pieds chaussés (jamais nu-pieds, jamais en chaussures de marche). Chaussettes de rechange au sec et aussi des guêtres !
C'est LE danger du Sarek (aucun pont). Bâtons de marche obligatoires pour l'équilibre, sangle de poitrine déclipsée pour pouvoir larguer le sac, on traverse face au courant, en biais, jamais seul. On renonce si l'eau monte au-dessus des cuisses ou pousse trop fort — quitte à attendre ou contourner. Vous avez vu Into the Wild ?
Une tente solide résistant au vent (le Sarek peut souffler fort) et aux averses, autoportante car le sol est parfois rocheux ou spongieux. Doubles sardines / cordes pour le vent. Pas de refuge à l'intérieur du parc : la tente est votre seule maison si elle se déchire, c'est mort. J'avais une MSR Hubba Hubba et une Hilleberg, mais c'est un budget !
Même en juin, les nuits descendent près de 0°C en altitude : sac de couchage confort ~ -5°C et un matelas bien isolant (valeur R au delà de 2). Un masque de nuit aide à dormir sous le soleil de minuit, qui ne se couche jamais. Là aussi, c'est un budget, j'avais un duvet Rab à -5 et deux matelas (un technique et un classique décathlon). Et bien j'ai eu froid !
Sous-couche respirante, polaire/doudoune, et surtout une hardshell + surpantalon imperméables et coupe-vent de qualité — la météo bascule toutes les deux heures. Bonnet et gants même l'été (j'ai eu du ressenti -11 avec le vent le soir) plus une tenue toujours gardée au sec pour dormir. Je suis parti avec une première couche xbionic, une seconde couche technique norrona, une hardshell North Face et des pantalons d'été.
Aucun balisage : carte topo (Calazo/Fjällkartan BD10 du Sarek), boussole, et GPS/appli hors-ligne avec batterie de secours (powerbank). Savoir s'en servir avant de partir. Le brouillard peut tout effacer en quelques minutes. Même si c'est interdit, un drone peut vous sauver pour voir ce qu'il y a au dessus de votre tête après un col...
Réchaud à gaz/essence + cartouches (autonomie complète), trousse de premiers secours, couverture de survie, et de quoi alerter (balise type satellite recommandée, le réseau est quasi nul). En juin, anti-moustiques puissant + moustiquaire de tête : ils sont féroces sauf en haut sur les montagnes. Au final je ne me suis jamais servi des anti moustiques... Par contre j'étais content d'avoir mon matos photo, des cartes, un livre...
Le principe à retenir : au Sarek, on est 100 % autonome et 100 % responsable. Pas de boutique, pas de refuge, pas de secours. On part avec un groupe expérimenté, une marge de vivres, une vraie maîtrise du gué et de l'orientation — et on accepte de renoncer si les conditions l'imposent. C'est le prix d'entrée du plus beau désert d'Europe.
La dernière vraie ville : hôtels, STF Hostel, chambres d'hôtes. L'endroit pour une bonne nuit, une douche et le dernier ravitaillement avant le parc — et la première bière au retour. Je vous conseille malgré son état vétuste l'Hôtel Jokkmokk. On dirait vraiment qu'on est dans shining... Mais le restaurant est correct !
Base pratiqueNotre première nuit : une cabane gérée par le Svenska Turistföreningen au bord du lac Laitaure, face au Rapadalen. Couchettes, poêle, pas d'électricité. On paie sur place ; adhérer au STF avant de venir réduit le tarif et vaut 25€ par personne, donc économies dès la deuxième nuit. Parfait sas d'entrée vers le Sarek, c'est même sympa d'y passer pour rencontrer d'autres randonneurs qui sont sur le sentier du roi.
Coup de cœurAutour du Sarek, le sentier royal (Kungsleden) est jalonné de cabanes STF (Sitojaure, Saltoluokta, Kvikkjokk…) avec parfois un petit magasin. Pratiques pour les approches — mais aucune n'existe à l'intérieur du parc. Normalement, vous ne serez proche que d'une cabane, dans le cadre de mon itinéraire, c'était Aktse.
ApprochesÀ l'intérieur, c'est la tente et rien d'autre. Le droit d'accès suédois (allemansrätten) autorise le bivouac presque partout : on choisit un replat sec, loin des troupeaux de rennes, on ne laisse aucune trace. Attention, il y a du vent, il peut beaucoup pleuvoir, voire neiger même en été. Équipez vous en conséquence, même si c'est très cher.
Pleine natureÀ savoir : aucune cabane n'existe à l'intérieur du Sarek — les cabanes STF jalonnent seulement le pourtour sur le Kungsleden. Dès qu'on entre dans le parc, l'hébergement, c'est la tente, en autonomie complète. Réservez une nuit à Jokkmokk au retour et ne sacrifiez pas une nuit à Aktse, vraiment sympa !
Le carburant du randonneur nordique : repas lyophilisés (légers, juste de l'eau chaude), portion calorique élevée. Comptez large — on brûle énormément. Prévoyez aussi un ou deux repas de marge en cas de mauvais temps qui bloque. J'ai emporté plein de marques pour tester. Mes préférés étaient les MX3, je vous laisse le lien ici :MX3
Barres, fruits secs, chocolat, fromage à pâte dure, saucisson, mélange de noix : de quoi grignoter toute la journée et rendre un peu plus sympa les moments durs. C'est bon pour le moral !
Le grand luxe du Sarek : l'eau des ruisseaux de montagne est généralement potable telle quelle. On remplit sa gourde au fil de l'eau vive (plutôt en amont des zones de rennes). J'ai quand même pris un filtre à eau de chez MSR et je n'ai jamais été malade.
Jokkmokk est le dernier supermarché : on y fait le plein de vivres, de gaz et de café. Au retour, les restaurants de la ville (saumon, renne, baies arctiques) ont un goût incomparable après une semaine de lyophilisé. (c'est faux, la nourriture suédoise est affreuse). En cas de dernier recours la cabane STF d'Aktse vend des lyophis !
Mon conseil : planifiez vos repas à la journée avant de partir, pesez tout et n'oubliez pas les snacks. En cas de coup dur, vous pourrez toujours retourner vers l'une des cabanes STF du pourtour. Goûtez en revanche les spécialités sámi à Jokkmokk au retour — renne fumé, omble, et la confiture de mûres arctiques (hjortron).
Le Sarek est-il accessible aux débutants ?
Comment accède-t-on au Sarek ?
Quand partir ?
Quel est le principal danger ?
Y a-t-il du réseau téléphonique ?
Combien de jours prévoir ?
Faut-il un guide ?
Que faut-il respecter sur place ?
En Conclusion :
touristique
Le meilleur itinéraire dans le Sarek
C’est simple, ce sera peut être l’aventure de votre vie ! Peu de voyages sont aussi exigeants, aussi dépaysants et aussi intenses que se plonger dans le Sarek. Il suffit de rentrer de quelques kilomètres dans le parc pour changer de planète et quitter la race humaine. On est seuls, avec la survie et ce qu’on a apporté sur le dos. Peu d’endroits sur terre sont aussi reculés. Aucun n’est aussi près de la France. Attention, le niveau demandé est immense ! Préparez vous bien, il y a des accidents mortels tous les ans dans le Sarek…
En tout cas si vous avez des questions ou besoin de plus d’information sur votre voyage, écrivez moi via mon agence de voyage Odyssélux ou sur mes réseaux sociaux ! Et n’hésitez pas à aller voir mes articles sur la Suède ici !