Zagreb était mon premier pas en Croatie, en 2021 juste après le Covid. C’est une capitale étrange, très « Europe de l’est ». La plupart des touristes la négligent, car elle est trop loin de Dubrovnik, capitale du tourisme depuis Game Of Thrones. C’est bien dommage car sans Zagreb, vous passerez à côté de l’âme du pays et n’en verrez que ses plages et yatchs de milliardaires (au loin).
La ville a pourtant tant à offrir ! Enfin, peut être aussi étais je hypé par ma première bière en terrasse depuis… 1 ou deux ans à l’époque ? Çà paraît fou.
Plus que ses monuments (la cathédrale, le toit de l’église saint-Marc), profitez du calme d’une des dernières villes que les Croates habitent vraiment, loin du airbnb gate de la côte. Son côté underground est plutôt agréable et il y a beaucoup à apprendre culturellement de son époque yougoslave…
Passez quelques jours à Zagreb. Que ce soit depuis Ljubljana (2h min de voiture ou bus) depuis l’Italie (4h de Venise), ou même depuis la France, (l’aéroport est à 15km du centre, il y a des vols depuis Lyon, Paris, Bordeaux, Marseille en 2h environ), c’est facile d’accès, et tout se fera ensuite à pieds.
La ville est essentiellement médiévale et oppose la ville haute (où il y a de superbes vues et bars en hauteur) et la ville basse où il fait bon flâner. Entre les deux, le funiculaire le plus court du monde (66m), le marché Dolac, emblématique de la ville, le musée des relations brisées, les églises dont je parlais plus haut, la tour Lotrščak et le Tunnel Grič — abri anti-aérien de 1943 et mon endroit préféré de la ville.
Zagreb naît officiellement en 1094 avec la fondation de l'évêché de Zagreb sur la colline de Kaptol. À côté, sur la colline de Gradec, une autre ville se développe — marchande, laïque, concurrente. Ces deux entités sont séparées par un ruisseau (l'actuelle rue Tkalčićeva) et se font la guerre pendant des siècles — volant les cloches l'une de l'autre, pillant les marchés, s'imposant des péages. Zagreb existe comme tension entre deux logiques : le pouvoir ecclésiastique sur Kaptol, le pouvoir civil sur Gradec. Elles ne fusionneront officiellement qu'en 1850.
En 1242, le roi Béla IV de Hongrie accorde à Gradec le statut de ville libre royale — la "Charte d'Or". En échange de son aide face aux Mongols (qui ont ravagé Zagreb en 1241), Gradec obtient le droit de s'autogouverner, de tenir des marchés, de lever ses propres impôts. Ce document fondateur est conservé aux archives de Zagreb. La tour Lotrščak, qui tire toujours un coup de canon à midi, date de cette époque — elle servait à annoncer la fermeture des portes de la ville.
Alors que l'Empire ottoman avance en Europe, Zagreb devient "le résidu du résidu de la Croatie" selon les archives de l'époque. Après la catastrophique défaite de Mohács (1526), la Croatie est amputée des deux tiers de son territoire. Zagreb et sa région deviennent la dernière poche de résistance. C'est dans ce contexte de siège perpétuel qu'est construite la partie médiévale fortifiée de la ville haute. Les Ottomans ne prendront jamais Zagreb — mais ils la menacent pendant deux siècles.
En 1776, Zagreb devient officiellement la capitale du Royaume de Croatie au sein de l'Empire des Habsbourg. Les institutions s'y installent — le gouvernement, les tribunaux, les académies. En 1850, Kaptol et Gradec fusionnent enfin pour former une seule ville. L'ère austro-hongroise transforme la ville basse (Donji Grad) — les grandes avenues, les théâtres, les palais Sécession et néo-Renaissance qui caractérisent aujourd'hui Zagreb sont tous construits entre 1850 et 1918.
Le 9 novembre 1880, un séisme de magnitude 6,3 ravage Zagreb. La cathédrale perd ses flèches. Des centaines de bâtiments s'effondrent. Mais la reconstruction qui suit transforme radicalement la ville — les architectes Viennois et de Budapest déversent leurs styles Sécession et néo-baroque sur la ville basse. C'est ce tremblement de terre qui donne à Zagreb son visage austro-hongrois si caractéristique. En 2020, un autre séisme (5,3) frappe la ville — certaines façades en rénovation témoignent encore de ses dégâts.
Le 25 juin 1991, la Croatie déclare son indépendance de la Yougoslavie. Zagreb est bombardée deux fois par l'aviation fédérale yougoslave (mai 1995, quatre morts). La ville tient. L'indépendance est reconnue internationalement en janvier 1992. En moins de 30 ans, Zagreb passe de ville provinciale d'un empire socialiste à capitale européenne d'un état membre de l'UE (2013) et de la zone Schengen (2023). Une transformation radicale — et une ville qui n'a pas encore fini de se réinventer.
La cravate est croate : le mot "cravate" vient de "Cravate" — le nom que les Français donnaient aux mercenaires croates qui portaient une écharpe autour du cou au XVIIe siècle lors de la Guerre de Trente Ans. La mode française adopta cet accessoire sous le nom "à la croate", qui devint "cravate". Zagreb célèbre cet héritage avec le "Cravat Regiment" qui assure la relève de la garde en costume traditionnel.
Mai et septembre sont les meilleurs mois — températures, jardins verts ou couleurs d'automne. Décembre est surprenant — le marché de Noël est l'un des plus beaux d'Europe. Zagreb est l'une des rares destinations croates qui offre une expérience remarquable en toutes saisons.
Construit en 1925 pour les passagers de l'Orient Express — Zagreb était une étape sur la route Paris-Istanbul. Le palace Art Déco le plus remarquable de Croatie. Escalier monumental, restaurant Zinfandel's dans un cadre exceptionnel, spa. Symbolise l'âge d'or de l'Europe centrale. Même si vous n'y dormez pas, venez prendre un café dans son lobby ou dîner au restaurant — c'est une expérience historique à part entière.
Le plus ancien hôtel en activité de Zagreb, dans la ville haute — fondé en 1827. Chambres récemment rénovées, jardin intérieur (rare en ville haute), restaurant dans les caves voûtées. À deux minutes de l'église Saint-Marc et de la tour Lotrščak. L'option si vous voulez être au cœur de la ville médiévale, dans un bâtiment avec près de deux siècles d'histoire.
Design contemporain épuré dans le quartier de la ville basse, à 10 minutes à pied de la place Jelačić. Chambres lumineuses, petit-déjeuner copieux, accueil chaleureux. L'option équilibre entre confort, position centrale et prix raisonnables — le meilleur rapport qualité-prix de la gamme 4 étoiles à Zagreb. Bien noté pour sa tranquillité malgré la position centrale.
Zagreb est moins chère que Dubrovnik ou Split pour l'hébergement — des appartements bien équipés dans le centre historique se trouvent à 60-90€/nuit. Les meilleures options sont près de la rue Tkalčićeva (animation nocturne) ou dans la ville haute (calme, vue sur les toits). Cherchez sur Booking ou Airbnb en filtrant sur Gornji Grad ou Kaptol pour la position la plus authentique.
Zagreb a une bonne offre d'auberges de jeunesse — plusieurs sont bien situées, bien tenues, avec une bonne ambiance internationale. Hostel Chillout et Swanky Mint Hostel sont parmi les mieux notées de la ville. Zagreb reste l'une des capitales les moins chères d'Europe centrale — un budget de 30-50€/j/pers couvre confortablement hébergement, repas et musées.
Bonne nouvelle : contrairement à Dubrovnik ou Rovinj, Zagreb n'est pas saturée en hébergement même en haute saison. Vous pouvez généralement réserver avec une semaine d'avance et trouver de bonnes options. Les prix sont significativement plus bas que sur la côte adriatique pour une qualité comparable — c'est l'une des meilleures valeurs de Croatie.
Les štrukli sont la spécialité gastronomique de Zagreb et du nord de la Croatie — des rouleaux de pâte fraîche fourrés de fromage blanc (skuta), bouillis ou cuits au four, nappés de crème fraîche. Riches, réconfortants, incroyablement savoureux. Inscrits au patrimoine culturel immatériel de la Croatie. La version cuite au four (pečeni štrukli) avec la croûte dorée est la meilleure. À essayer dans n'importe quelle konoba ou restaurant traditionnel de Zagreb.
Zagreb a une culture du café comparable à Vienne ou Milan. Le rituel de la špica (samedi 11h-14h, terrasse, voir et être vu) est sacré. La ville a aussi engendré des torréfacteurs de niveau international — Cogito Coffee (reconnu parmi les meilleurs d'Europe) et Quahwa pour les amateurs de single origin. Un café simple vaut ~2€ en terrasse. Ne commandez jamais un "café au lait" — demandez un bijela kava pour avoir la version croate.
Loin de la côte adriatique, Zagreb mange continental : le roštilj (grill) domine. Ćevapi (petites saucisses grillées au bœuf/agneau, servies avec du pain et oignons), čevapčići, kotlet (côte de porc grillée), pljeskavica (steak haché épicé). Servis avec du kiseli kupus (chou aigre) ou des frites maison. Les meilleures adresses sont dans les marchés couverts et les grill-konoba sans prétention hors du centre touristique.
Le licitar est le cœur rouge en pain d'épices vernissé — le symbole le plus reconnaissable de Zagreb et de la Croatie. Artisanat traditionnel classé UNESCO. Utilisé comme décoration, cadeau, ornement de Noël — rarement mangé. Vous en trouverez sur tous les marchés, surtout le marché de Noël. À rapporter plutôt qu'à croquer.
Le marché Dolac (ouvert tous les matins) est l'expérience gastronomique la plus authentique de Zagreb. Producteurs locaux des alentours de Zagreb, fromages de l'arrière-pays, miel des collines de Medvednica, champignons en automne, fraises en mai. La halle couverte en-dessous du marché plein-air abrite les poissons (livraison depuis la côte), les viandes et les fromages. Un café au bar Dolac sur le marché pour commencer la journée.
La rakija (eau-de-vie de fruit) est l'alcool national croate — version prune (šljivovica), abricot (kajsija), poire ou herbes. Se boit cul-sec en apéritif. Les bières croates (Ožujsko, Karlovačko, Pan) sont légères et fraîches — parfaites pour les terrasses d'été. La rue Tkalčićeva est la plus animée de Zagreb en soirée — des dizaines de bars en terrasse, animation jusqu'à 2h du matin en été.
Zagreb a une scène gastronomique qui monte rapidement — plusieurs restaurants proposent une cuisine croate contemporaine de haute qualité, à des prix nettement inférieurs à ceux de la côte (ou de Paris). Le restaurant Zinfandel's (Hotel Esplanade, Art Déco) et Noel sont les références gastronomiques. La ville attire de jeunes chefs croates revenus d'expériences à l'étranger. C'est une scène à surveiller.
La région de Slavonie (à l'est de Zagreb) produit des blancs remarquables à partir de Graševina (Welschriesling) — secs, minéraux, parfaits avec les štrukli et les plats de fromage. Le Kutjevo et le Krauthaker sont les producteurs de référence. Moins connus que les vins dalmates (Pošip, Plavac Mali), moins chers, souvent de qualité comparable. Demandez une carte de vins locaux dans les restaurants du centre.
Zagreb est une capitale assez authentique pour l’Europe. Préservée du tourisme de masse qui sévit sur les côtes Croates, c’est pour moi un incontournable du pays pour ressentir la période Yougoslave qui est de plus en plus gommée au Sud du pays, et l’âme slave de la Croatie.
Au rang des nombreux avantages, on mange mieux, pour moins cher, et la ville a un vrai esprit d’Europe de l’Est (voir du Nord-est) avec son coeur médiéval préservé et sa culture encore très présente. C’est simple, on est tout le temps dans the Witcher.
Passez y deux ou trois jours au début du voyage pour vous imprégner du pays et de sa culture.
En tout cas si vous avez des questions ou besoin de plus d’information sur l’Europe, écrivez moi via mon agence de voyage Odyssélux ! Et n’hésitez pas à aller voir mes articles sur la Croatie ici !